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La Bugatti Destrier coûtera plus de 10 millions d'euros

Bugatti n'a publié aucun prix pour la Destrier. La précédente Solitaire a dépassé 10 millions d'euros de source officielle, ce qui place cette création unique de 1 600 ch très au-dessus de la Bolide dont elle dérive.

La Bugatti Destrier en Sapphire Celeste, vue de trois quarts avant dans un studio sombre
Photo : Bugatti Automobiles S.A.S. .

Troisième création du Programme Solitaire, la Bugatti Destrier reprend le châssis carbone et le W16 de 1 600 ch de la Bolide dans une carrosserie unique haute d'à peine un mètre.

Les faits confirmés par Bugatti

La Destrier est une voiture unique, identifiée par Bugatti comme une création 1/1 et comme le troisième projet abouti du Programme Solitaire, après la Brouillard d'août 2025 et la F.K.P. Hommage de janvier 2026. Le programme est limité à deux créations par an : ces deux voitures forment donc le duo de 2026. La présentation publique se déroule pendant la Monterey Car Week et culmine au concours d'élégance de Pebble Beach, le 16 août 2026.

Sous la carrosserie, c'est une Bolide. La voiture conserve la monocoque en fibre de carbone et la totalité du groupe motopropulseur : le W16 de 8,0 litres à quatre turbocompresseurs annoncé à 1 600 ch, soit environ 1 578 bhp ou 1 177 kW. La carrosserie, l'habitacle et la mise en scène sont neufs, et c'est exactement ce qui sépare le Programme Solitaire de Sur Mesure : l'un personnalise très profondément une voiture existante, l'autre la redessine.

Il faut être tout aussi précis sur ce que Bugatti n'a pas dit. Aucun tarif, aucun propriétaire, aucun numéro de châssis, aucun poids, aucune accélération ni vitesse maximale propres à cette voiture, aucune valeur d'appui aérodynamique, et aucune déclaration affirmant que la Destrier est homologuée pour la route. Tout ce qui circule au-delà de cette liste ne vient pas de Molsheim.

La Bolide sans son arsenal de piste

L'idée de départ est réellement radicale : conserver l'architecture la plus extrême jamais construite par Bugatti, puis renoncer à la recherche d'appui maximal. La Bolide existe pour produire de l'adhérence ; la Destrier existe pour être regardée. Tout ce qui faisait immédiatement lire la voiture donneuse comme une machine de compétition a été retiré ou enfoui dans les surfaces.

Ce qui disparaît vraiment, c'est le spectaculaire : l'immense aileron réglable, les multiples appendices aérodynamiques, la dérive centrale et les signatures lumineuses en X. À leur place, une carrosserie continue, un aileron bas replié dans les hanches arrière et des optiques qui se lisent comme de la joaillerie plutôt que comme de l'équipement de piste.

Ce qui reste se voit très bien sur les photographies, et cela compte, parce que la voiture n'est pas nue sur le plan aérodynamique. Elle garde un splitter avant, un très grand diffuseur arrière, plusieurs entrées et sorties d'air, un aileron intégré, quatre sorties d'échappement et les ouvertures de refroidissement dont un W16 quadri-turbo ne peut pas se passer. La description honnête n'est pas une absence d'aérodynamique, mais une aérodynamique repliée dans la sculpture.

Un mètre de haut sur des roues de 21 pouces

Bugatti décrit la Destrier comme la silhouette la plus basse qu'elle ait jamais dessinée, à environ un mètre de hauteur. L'habitacle est enfoncé si profondément entre les ailes avant que le pare-brise ressemble à une visière, et la prise d'air de pavillon qui alimente le moteur devient l'un des points les plus hauts de la voiture.

Les roues font le reste du travail. Elles mesurent 20 pouces à l'avant et 21 pouces à l'arrière, contre 18 pouces sur la Bolide, si bien que la carrosserie semble tendue par-dessus elles plutôt que posée sur elles. Ajoutez la largeur des ailes avant, la taille resserrée derrière les portières et des hanches arrière très développées : les proportions appartiennent à une esquisse de designer, pas à un plan de série.

C'est tout l'objet de l'exercice. Ces proportions sont normalement atténuées entre le premier dessin et la voiture finie, pour l'architecture technique, pour la réglementation, pour le coût. Ici, elles ont été conservées. Frank Heyl, directeur du design de Bugatti, le résume en une ligne : la Destrier, dit-il, « ne se comprend pas avec la tête, elle se ressent avec le cœur ».

Sapphire Celeste et une C-Line inédite

La peinture est une teinte exclusive baptisée Sapphire Celeste, développée pour cette voiture et son propriétaire. C'est un vernis multicouche portant des particules inspirées de l'éclat du diamant, qui oscille entre bleu profond et nuances violettes selon la lumière. La fibre de carbone apparente est volontairement limitée à deux zones, le splitter avant et le diffuseur arrière, et elle est teintée pour s'accorder à la peinture au lieu de rester noire.

La ligne C, la courbe qui identifie toutes les Bugatti modernes, ne court plus d'un seul trait. Elle commence autour de l'habitacle, s'arrête avant le passage de roue avant, laisse apparaître la carrosserie, puis reprend et rejoint la calandre en fer à cheval. Elle est réalisée en aluminium poli et trace donc une ligne claire sur une voiture d'un bleu très sombre. La calandre elle-même est plus large que celle de la Bolide, et les phares en X cèdent la place à des blocs ovoïdes portant de fines barres horizontales.

Les détails expliquent le nom. Plusieurs pièces métalliques, dans le compartiment moteur comme dans l'habitacle, reçoivent une finition martelée à la main qui renvoie aux armures des chevaliers médiévaux. Une plaque gravée au laser, placée au-dessus du pare-brise, représente la Type 57G Tank et la Type 57SC Atlantic, les deux visages d'un même châssis des années 1930, et le bouchon de remplissage d'huile porte la mention 1/1. La couleur, elle, fait référence à la Type 57SC Atlantic, la carrosserie la plus célèbre jamais posée sur ce châssis.

Un habitacle Ambre Voyageur

À l'intérieur, la structure reste celle de la Bolide, mais presque rien d'autre. Trois matières dominent : le cuir et le nubuck dans un brun chaud appelé Ambre Voyageur, et un textile tricoté en trois dimensions. Face au bleu de la carrosserie, ce contraste est la décision la plus affirmée de toute la voiture.

Ce textile est la partie la plus intéressante. Il emprunte à la haute couture et aux vêtements de sport de haute performance, et il est tricoté plutôt que coupé puis cousu, ce qui lui permet de former des surfaces sans coutures visibles. De fins fils de cuivre le parcourent et accrochent la lumière lorsqu'elle traverse l'habitacle. Le motif est circulaire, une halo-line qui enveloppe le conducteur et le passager, et des surpiqûres contrastantes prolongent la même géométrie sur les appuie-têtes, les sièges, la console centrale et les panneaux qui entourent l'habitacle.

La finition martelée revient sur quatre pièces intérieures : les poignées d'ouverture des portes, les aérateurs, le moyeu du volant et les seuils de porte. Un petit drapeau français rappelle l'origine de la marque et son implantation à Molsheim. Sabine Consolini, responsable des couleurs et matières chez Bugatti, décrit la méthode simplement : chaque matière, dit-elle, a été choisie comme un tailleur choisit son tissu.

Pourquoi le nom Destrier ?

Un destrier était le cheval de guerre monté par les chevaliers au Moyen Âge, et Bugatti le présente comme le plus noble et le plus puissant des chevaux médiévaux. Le nom n'est pas un ornement : il décrit la posture recherchée par les designers.

Regardez le profil et l'animal apparaît. L'habitacle est placé très bas entre les ailes avant, la taille se resserre derrière les portières, et les hanches arrière gonflent comme si la voiture se ramassait avant de bondir. Le métal martelé, emprunté à l'armure, referme le récit.

Il existe aussi un lien de famille. La Brouillard, première voiture du programme, portait le nom du cheval préféré d'Ettore Bugatti. Mais contrairement à elle, la Destrier n'est pas officiellement construite autour d'une histoire personnelle du fondateur. Bugatti la présente comme une création guidée d'abord par le dessin et les proportions.

Le W16 de 1 600 ch

Le moteur est la raison d'être de cette voiture. La Destrier hérite du groupe motopropulseur complet de la Bolide : 8,0 litres, seize cylindres en W, quatre turbocompresseurs, 1 600 ch. C'est l'une des dernières créations officielles à employer le W16, après l'achèvement des séries Bolide et W16 Mistral, et elle arrive alors que la marque bascule vers la Tourbillon et son V16 hybride.

C'est ici que le récit doit ralentir. Les chiffres publiés pour la Bolide appartiennent à la Bolide : une autre carrosserie, une autre aérodynamique, des roues plus petites et un habitacle dépouillé. La masse, la traînée, l'appui, la vitesse maximale et le comportement sur circuit changent avec une carrosserie aussi différente.

La phrase juste est donc la plus étroite : la Destrier emporte les 1 600 ch de la Bolide, et Bugatti n'a publié aucune performance propre à cette voiture. Il n'existe pas davantage de données WLTP, d'émissions de CO2, de consommation, de mention d'homologation ni de programme d'essais routiers, ce qui explique précisément pourquoi son statut routier reste une question ouverte.

Combien coûte la Bugatti Destrier ?

Bugatti n'a pas communiqué le prix de la Destrier et, au vu de ses habitudes, ne le fera pas. Le seul montant officiel qui s'y rattache est celui de la voiture donneuse : la Bolide était proposée à 4 millions d'euros hors taxes, en une série de 40 exemplaires. Ce chiffre est le plancher de la discussion plutôt qu'une réponse, car une Solitaire se facture comme une commande et non comme un modèle.

La comparaison utile est celle de la voiture qui l'a immédiatement précédée. En janvier 2026, un porte-parole de Bugatti a déclaré à Autocar que la F.K.P. Hommage coûterait à son propriétaire plus de 10 millions d'euros. Mate Rimac est allé plus loin dans Caradisiac, la qualifiant de voiture neuve la plus chère du monde tout en refusant d'en nommer le montant, et le magazine la situait près de 20 millions d'euros en la mesurant à la La Voiture Noire de 16 millions et à la Rolls-Royce Arcadia Droptail. Pour la première Solitaire, la Brouillard, The Autopian avançait 15 millions de dollars au minimum.

La Destrier relève du même programme aux mêmes conditions : une carrosserie dessinée pour une seule voiture, un habitacle bâti autour d'un seul client, une teinte mélangée pour une seule commande. Rapportée à ces références, notre estimation la place entre 15 et 25 millions d'euros, avec 20 millions comme milieu raisonnable. Disons-le clairement : c'est une estimation de LUSSO, pas un chiffre de Molsheim. Dix millions d'euros forment le plancher de la fourchette et non son plafond, et la fiscalité comme l'ampleur de la commande peuvent porter une facture finale bien au-delà.

Le propriétaire n'est pas nommé non plus. Bugatti confirme seulement que la teinte a été créée pour cette voiture et son propriétaire, que l'habitacle a été conçu autour d'une seule personne, que chaque matière a été sélectionnée pour cette commande, et que la voiture porte la mention 1/1. Autrement dit, ce n'est pas un modèle d'exposition en quête d'acheteur. C'est déjà la voiture de quelqu'un.

Programme Solitaire : deux créations par an

Le plus intéressant, dans la Destrier, n'est pas sa carrosserie : c'est le modèle économique qui la porte. Le Programme Solitaire réutilise un châssis et un groupe motopropulseur existants, ce qui libère le budget de développement pour le design, les matières et le travail de carrosserie, et Bugatti le plafonne à deux créations par an. La rareté est inscrite dans la règle, et non dans un volume de production.

Le résultat est une seconde vie commerciale pour le W16 sans relancer sa fabrication en série. La même architecture est vendue une première fois comme instrument de circuit, puis réinterprétée comme sculpture de concours à un prix bien supérieur. Prendre la Bolide, la voiture la plus extrême de la gamme, et inverser complètement sa finalité est la version la plus tranchante de cette idée que Bugatti ait tentée jusqu'ici.

Pour un collectionneur, les signaux sont favorables sans être une garantie. La mention 1/1, le W16, l'origine usine et une première apparition à Pebble Beach aident tous. La valeur future dépendra malgré tout de la provenance, de l'exposition publique, de l'état et de la profondeur d'un marché pour une automobile aussi chère et aussi difficile à échanger. Qui envisage ce type d'acquisition doit prendre un avis indépendant plutôt qu'un chiffre de titre.

Sources

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