Avant-vente aux enchères

La McLaren F1 GTR de Nick Mason est estimée à plus de 35 millions de dollars

Le châssis 10R, première F1 GTR à la spécification 1996 et prototype d'usine McLaren resté 25 ans entre les mains du batteur de Pink Floyd, affiche une valeur supérieure à 35 millions de dollars à la vente RM Sotheby’s de Monterey, le 15 août 2026.

La McLaren F1 GTR châssis 10R lancée de nuit dans un tunnel londonien, dans sa livrée d'usine écarlate et jaune
Photo : Alex Penfold ©2026, avec l'aimable autorisation de RM Sotheby’s .

RM Sotheby’s présentera la McLaren F1 GTR châssis 10R comme lot 328 de sa Monterey Auction, le samedi 15 août 2026, avec une valeur annoncée supérieure à 35 000 000 dollars. Si la voiture approche seulement ce montant, elle deviendra largement la McLaren la plus chère jamais vendue aux enchères publiques, devant les 20 465 000 dollars payés en 2021 pour une F1 de route. Ce qui rend 10R singulière n'est pas un fait isolé, mais la façon dont plusieurs se superposent : première voiture construite à la spécification 1996, l'un des deux seuls prototypes de GTR à queue courte conservés par l'usine, la seule F1 GTR à porter cette livrée d'usine écarlate et jaune, et une voiture qui a appartenu un quart de siècle au batteur de Pink Floyd, Nick Mason.

Ce qui est mis en vente, et à quel prix

Le lot est une McLaren F1 GTR de 1996, châssis 10R, proposée avec un titre de propriété américain et stationnée à Monterey, en Californie. RM Sotheby’s ne publie pas d'estimation classique pour cette voiture : la maison annonce une valeur supérieure à 35 000 000 dollars, avec des équivalences indicatives d'environ 30 500 000 euros, 26 000 000 livres et 28 500 000 francs suisses. La vente a lieu le dernier jour des trois journées d'enchères de Monterey, pendant la Monterey Car Week.

Cette formulation compte. Une valeur « supérieure à » est un signal et non une fourchette : elle dit au marché à partir de quel niveau le vendeur et la maison de vente jugeront les enchères sérieuses. Pour situer, la référence actuelle aux enchères publiques pour cette lignée est de 20 465 000 dollars, obtenus par la F1 de route châssis 029 lors de la vente de Gooding & Company à Pebble Beach en août 2021, tandis qu'une voiture à la spécification F1 LM a atteint 19 805 000 dollars chez RM Sotheby’s en 2019.

Un résultat supérieur à 35 millions de dollars ne serait donc pas un pas de plus dans la continuité. Il redéfinirait le prix de toute la famille McLaren F1 et placerait une voiture de course des années 1990 au même rang que le petit groupe de Ferrari et de Mercedes-Benz de compétition qui occupe le sommet du marché de la collection.

La voiture de route derrière la voiture de course

La GTR existe à cause de la McLaren F1, la routière conçue par Gordon Murray et dessinée par Peter Stevens, construite à Woking entre 1993 et 1998. Elle emportait un V12 BMW S70/2 atmosphérique de 6 064 cm3 développant 627 ch à 7 400 tr/min et 651 Nm à 5 600 tr/min, une monocoque en fibre de carbone, 1 140 kg à vide et une position de conduite centrale avec un siège passager de chaque côté. Une feuille d'or tapissait le compartiment moteur pour l'isolation thermique, pour un coût rapporté de 2 500 livres par voiture.

Elle fut, sept années durant, la voiture de série la plus rapide du monde. Le 31 mars 1998, Andy Wallace en a porté une à 391 km/h officiels sur la piste d'essais Volkswagen d'Ehra-Lessien, un record qui a tenu jusqu'à la Koenigsegg CCR en 2005. La routière abattait le 0 à 100 km/h en 3,4 secondes et se vendait neuve 634 500 livres, la LM ultérieure atteignant 850 000 livres.

La production a totalisé 106 voitures : 64 routières standard, cinq LM, deux GT de route, cinq prototypes et 28 châssis de course. Les cinq LM célébraient Le Mans, où cinq F1 GTR ont terminé première, troisième, quatrième, cinquième et treizième au général en 1995. Le châssis 10R appartient aux 28 de course, et aux deux que McLaren avait gardées pour elle.

Pourquoi le châssis 10R diffère de toutes les autres F1 GTR

McLaren n'a jamais conçu la F1 pour la course. Le programme GTR répondait à la pression des clients et au Global Endurance GT Series, et les premières voitures n'étaient au fond que des voitures de route allégées, dotées d'une nouvelle carrosserie, d'un grand aileron arrière et de freins carbone-céramique. Vingt-huit châssis GTR ont été construits au total, en trois spécifications : neuf en 1995, neuf en 1996 et dix exemplaires de la « Longtail » de 1997.

Le châssis 10R a quitté Woking en décembre 1995, première voiture assemblée à la nouvelle spécification 1996. Comme le châssis 01R avant lui, McLaren l'a gardé au lieu de le livrer à une écurie privée, et s'en est servi comme machine de développement et de démonstration. 10R est donc l'un des deux seuls prototypes de GTR à queue courte existants, l'autre étant la voiture qui a remporté Le Mans au classement général en 1995.

C'est aussi la seule F1 GTR à porter cette livrée d'usine : une carrosserie écarlate tranchée par de larges lettrages jaunes « 96 GTR » ombrés de noir, assortis à des jantes en magnésium jaunes. Le dessin appartient pleinement au milieu des années 1990, et c'est la raison pour laquelle la voiture est aujourd'hui présentée comme « The Pop Art F1 ». Quoi que l'on pense du surnom, l'effet pratique est réel : 10R est la McLaren F1 la plus immédiatement identifiable qui existe, ce qui n'est pas une qualité anodine dans un marché où la reconnaissance fait la valeur.

La spécification 1996 était la GTR la plus rapide construite par McLaren

La saison 1996 a vu arriver des GT1 conçues pour la course, à commencer par la Porsche 911 GT1, et McLaren devait répondre. La GTR de 1996 a reçu une carrosserie allongée à l'avant et à l'arrière, un splitter avant plus incisif qui augmentait l'appui aérodynamique, et une boîte de vitesses à carter en magnésium et aux organes internes renforcés. Le gain total atteignait environ 38 kilogrammes par rapport à la voiture de 1995.

La base mécanique restait familière : un V12 BMW S70/2 atmosphérique de 6 064 cm³ implanté derrière le pilote, ramené par le règlement à environ 600 PS, une boîte manuelle à six rapports et une monocoque en fibre de carbone. Les brides d'admission plafonnaient la puissance maximale : les progrès sensibles venaient donc du poids, de l'aérodynamique et de la fiabilité, pas de la puissance.

Le résultat est une voiture plus rapide en ligne droite que la Longtail de 1997, pourtant plus aboutie sur le plan aérodynamique. La GTR de 1996 a été chronométrée à environ 330 km/h dans la ligne droite de Mulsanne au Mans, soit à peu près 13 km/h de plus que la voiture à queue longue l'année suivante. Les collectionneurs décrivent en général le modèle 1996 comme le choix équilibré de la famille GTR : les proportions et l'agrément de conduite de la queue courte d'origine, avec le travail de développement d'une deuxième saison derrière lui.

Le Mans 1996 : les préqualifications, puis un rôle de spectateur

Le châssis 10R a passé le début de 1996 comme voiture d'essais et de promotion de l'usine, apparaissant à des manches du BPR Global GT Series dans ses couleurs rouge et jaune. En avril, il a accompli douze heures d'essais en préparation de la campagne du Mans de McLaren.

Trois semaines plus tard, il partait pour le Circuit de la Sarthe et les préqualifications du Mans, cette fois débarrassé de ses lettrages, en rouge uni et sur des jantes graphite, sous la bannière de Kokusai Kaihatsu Racing, l'engageant qui avait remporté la course au classement général en 1995. David Brabham était au volant, et la voiture a terminé la séance huitième de sa catégorie et vingtième au classement général.

Elle n'a jamais pris le départ de la course. McLaren a engagé au Mans le châssis jumeau 11R, et 10R est retourné au développement et aux démonstrations. La distinction mérite d'être dite clairement : 10R est un prototype d'usine doté d'un vrai passé d'essais au Mans, pas une voiture au palmarès sportif acquis à la Sarthe. Les acheteurs de ce niveau évaluent l'historique au plus juste, et le catalogue dit nettement ce qui relève de l'un et de l'autre.

Nick Mason, et 25 ans d'une McLaren de rock

En 1999, McLaren a vendu le châssis 10R directement à Nick Mason, le batteur de Pink Floyd, dont la collection compte depuis longtemps parmi les plus sérieusement construites de Grande-Bretagne. Mason a possédé une Ferrari 250 GTO, une Maserati 250F, une Bugatti Type 35, une Jaguar D-Type et une Porsche 962, et il les a le plus souvent utilisées plutôt que remisées.

L'association de la McLaren F1 la plus spectaculaire visuellement avec un membre fondateur du groupe qui a signé The Dark Side of the Moon est l'histoire sur laquelle RM Sotheby’s s'appuie le plus, et elle se raconte à bon droit. La livrée de la voiture et le prisme de la pochette sont issus de la même culture graphique britannique, et tous deux ont été reproduits bien plus largement que leurs auteurs pouvaient l'attendre.

Pour le marché, le point le plus tangible reste toutefois la durée et la qualité de cette possession. Mason a gardé la voiture 25 ans, avant qu'elle ne soit vendue de gré à gré au printemps 2024 à un collectionneur indépendant, qui la met en vente aujourd'hui. C'est une chaîne de propriétaires courte et lisible pour une voiture de cet âge, et une longue période entre les mains d'un seul propriétaire est l'un des indices les plus fiables qu'une voiture de compétition n'a pas été discrètement reconstruite plusieurs fois.

Convertie pour la route par l'usine, puis par Lanzante

Avant la livraison à Mason, McLaren a converti 10R pour un usage routier. La voiture a été immatriculée « K40 MCL » en 1999, et d'autres travaux ont été menés par Paul Lanzante et son entreprise Lanzante Limited. Ce nom revient tout au long de l'histoire de la F1 GTR : Lanzante dirigeait l'équipe Kokusai Kaihatsu Racing qui a gagné Le Mans en 1995, à sa première participation à la course.

Le châssis 10R figure parmi les tout premiers des seize F1 GTR converties pour la route, selon les estimations. Ces conversions expliquent en partie la place très particulière du modèle sur le marché : ce sont des voitures en configuration course complète (poste de conduite central, coque en carbone, harnais, platines d'interrupteurs) qui peuvent rouler légalement sur la voie publique.

RM Sotheby’s avance sur le modèle une thèse historique plus large et présente la F1 GTR comme la dernière voiture victorieuse au classement général du Mans à avoir été développée directement à partir d'une hypercar de route, donc comme la fin d'une époque où une voiture de route pouvait être adaptée pour gagner l'épreuve au général. C'est un argument et non un fait, mais il se défend : tous les vainqueurs au général qui ont suivi étaient des prototypes conçus pour la course.

Deux accidents, deux restaurations et un chéquier ouvert

Ce n'est pas une voiture de musée à la surface intacte. En 2009, la McLaren a été essayée par Autocar, et peu après un autre journaliste en a perdu le contrôle et a fini dans un champ de blé. Dean Lanzante, le fils de Paul, a dirigé la restauration qui a suivi. Dean avait travaillé aux côtés de son père sur la victoire du Mans en 1995, avant de fonder Lanzante Limited, qui est devenu concessionnaire McLaren et l'autorité reconnue pour la conversion routière des voitures de course McLaren.

La voiture a été endommagée de nouveau en 2017, lorsque Mason est sorti de la piste pendant une démonstration GT1 au 75e Goodwood Members’ Meeting et a heurté un mur de pneus. Une seconde restauration par Dean Lanzante a suivi. Entre et après ces épisodes, la voiture a servi : elle a été exposée à Rétromobile en 2007, a pris part à la sortie anniversaire de 750 kilomètres du 106 Drivers Club, a rejoint cinq autres F1 GTR pour le Tour de Toscane du club en 2014, et s'est montrée au Goodwood Festival of Speed en 2022.

Le catalogue note également que le propriétaire actuel a entretenu la voiture sur ce qu'il décrit comme la base d'un chéquier ouvert, en la ramenant chez Lanzante après chaque sortie notable. Une expertise récente de Lanzante est disponible pour les enchérisseurs. Tout acheteur à ce niveau voudra lire ce rapport de près. Sur une voiture accidentée deux fois et restaurée deux fois, le dossier d'expertise fait la différence entre un passé réparé et un passé en suspens.

Ce que signifierait un résultat de 35 millions de dollars

Le marché de la collection récompense depuis quelques années deux choses avant toutes les autres : un historique en une seule main et des voitures qui ne peuvent pas être refaites. Le châssis 10R offre les deux, et il ajoute un troisième élément plus difficile à chiffrer : une notoriété culturelle qui dépasse largement le cercle des amateurs d'endurance.

Il existe un contre-argument, et il mérite d'être posé. Les voitures vendues sur leur récit deviennent fragiles quand le récit s'efface, et 10R n'a pas couru Le Mans, a été endommagée deux fois et restaurée deux fois. Un enchérisseur qui place les résultats en course au-dessus de tout peut conclure que d'autres GTR, dont des châssis au passé sportif d'époque avéré, offrent un meilleur rapport.

La vente du 15 août 2026 tranchera la question en public. Quel que soit le chiffre, il constituera le signal le plus net à ce jour sur la manière dont le marché situe une McLaren de course des années 1990 face aux valeurs établies du monde de la collection, et il redéfinira les attentes pour les vingt-sept autres châssis de F1 GTR qui existent.

Sources

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